Banlieue: Entre attachement.... et désarroi. Vision d'un "banlieusard".

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Banlieue : Entre attachement... et désarroi

Vision d'un « banlieusard ».

 

Entre deux patrouilles de camion de CRS, j'ai eu l'idée d'écrire un article sur ce qui est le plus près de moi : ma cité. J'avais envie de revenir sur « notre » situation, notre situation de relégation sociale où l'écart avec la société formelle ne cesse de s'accroitre.

La rédaction de cette article relève d'une volonté, d'une part, de montrer un autre visage des cités, autres que l'image de la délinquance omniprésente, afin que vous pussiez la voir d'une autre manière. Et d'autre part, d'une envie personnelle afin de dénoncer nos conditions d'existences. J'essayerai d'être le plus objectif possible, du moins j'essayerai de faire plaisir à Durhkeim, lui qui veut que le sociologue étudie son objet d'étude comme le scientifique étudie les atomes.1

On est les porteurs d'un stigmate qui nous exclus, par le simple fait d'habiter une cité.

Une situation qu'on ne devrait plus accepter (dont les évènements de 2005 peuvent traduire de cette saturation). Mais que sait t- ont réellement des cités ? Je ne prétends pas du tout éclaircir la vision sur les cités, c'est simplement un constat. Pourtant les travaux sociologiques ont été assez nombreux, dont Cœur de Banlieuede D. Lepoutre, qui a réalisé une enquête ethnographique au 4000 à la Courneuve en s'y installant et en y enseignant. Mais, c'est là que mon article n'a aucune prétention et aucune valeur scientifique, il est le fruit de mon envie de vous faire découvrir ma vision de ce que représentent les cités pour un habitant de cité.

Mon article relève un peu de l'ethnographie puisqu'il sera basé sur mon expérience, des choses que j'ai vues, entendues... 

 

J'habite dans un grand ensemble de région Parisienne, du « 9-3 » -comme les médias aime l'appeler- de 8000 habitants, autant dire dans la norme des cités de Seine-Saint-Denis. Mais il y a une chose qui me tracasse énormément. Dès que je regarde le 93 que ce soit par les vitres du RER, ou au 6ème étages d'un bâtiment de ma cité, j'observe que ce département est composé presque quede cités, on ne voit, à l'horizon, que des barres et des immeubles2. Cela relève donc d'une volonté du gouvernement de tout rassembler en un département, mais pourquoi se plaignent t-ils alors ? Ils sont à l'origine de notre communautarisme, de notre exclusion.

Et la définition de ce qu'est une cité par ceux qui y habitent témoigne bien de cela. Pour moi, la cité se caractérise par l'ambivalence. Par un paradoxe flagrant, une situation d'attachement-détachement. Une citation d'un rappeur : Médine, peut-être que cela me discréditera, témoigne de ma définition de la cité :Banlieue, cité de pierre qui oppresse, une prison de tour à qui je témoigne de la tendresse. Cette citation témoigne bien de l'ambivalence envers la cité. On la sait responsable de notre exclusion, responsable de nos maux,mais paradoxalement, elle constitue un « support majeur de l'identité adolescente » pour reprendre Lepoutre. En effet, on a grandi là, de l'enfance, à l'adolescence, personnellement cela fait 19 ans que j'y habite, depuis ma naissance. On a développé envers elle un attachement. Mais d'un autre côté, on espère la quitter la plus vite possible, mais il se révèle qu'elle revient toujours à nous... En témoigne des exemples à la pelle de personnes habitant ma cité et qui désormais subissent une interdiction pénale de fréquenter le 93, sous le coup d'une condamnation pénale. Pourtant, l'appel de la cité est plus fort, l'attachement est plus fort... Je pense que l'attachement prévaut sur le détachement. Ces personnes reviennent tout de même à la cité alors qu’elles connaissent les risques encourus si elles se font arrêtées. C’est ce que me disait Faouzi3 : La cité, c’est une grande famille, même si j’ai envie de me casser au plus vite, la vie j’y pense tout le temps !  Pour moi la cité représente non pas la délinquance mais la solidarité. On crée des liens incontestablement cela se ressent dans notre manière de vivre. La cité c’est une instance socialisatrice à part entière au même titre que la famille ou l’école. On y apprend des valeurs comme le respect. Je pense que le respect est la plus grande valeur apprise dans les cités. On se doit de respecter les « grands », si on croise des grands et qu’on ne leur sert pas la main, cela est considéré comme un manque de respect. De plus, on apprend à respecter les mères, on aide les mères des amies à porter les courses etc… Par ailleurs, on est entièrement conditionné par cette dernière, elle influe sur nos comportements, notre manière de parler, de s’habiller… Cependant, c’est cela qui nous discrédite. En effet, rejeté par la société on cherche donc à se démarquer de celle-ci mais cette démarcation scelle notre sort puisqu’elle nous renferme dans la cité, entre nous, dans cet « entre soi » social et spatial qui caractérise tant les cités. J’ai tendance à être pessimiste concernant l’avenir des cités. En effet, je pense que pour un véritable changement, il faut déjà un changement consentis de la part des médias pour changer l’imaginaire de la population non-banlieusarde. C’est-à-dire que pour changer l’avenir des cités, il faut changer les représentations et l’imaginaire autour des banlieues, autant dire que pour réussir à réaliser des choses comme celle-ci, cela relève de l’utopie. En effet, si les représentations changent, pour un employeur un habitant du 93 ne sera pas déconsidéré. Il y a aussi un travail énorme à faire sur l’école. On connait tous les inégalités que Bourdieu ou encore Boudon, entre autre, ont souligné et je pense qu’il faut s’appuyer sur ce genre de travaux pour pouvoir changer les choses. Cependant des fois je me

demande si de nouvelles émeutes pourraient changer les choses…


Un autre fait très important concerne la police. Certes, ils essayent de faire leur travail mais leurs comportements ne sont pas adaptés. Je vais prendre quelques exemples personnel, en plein après-midi avec un ami on marche dans ma cité pour aller au terrain de foot, la BAC (Brigade Anti-Criminalité), les policiers en civiles, passent à côté de nous en roulant très doucement, comme d’habitude, ils nous fixent on les fixes, et là un policier nous lâche : « Qu’est-ce que t’as boloss » puis accélère. Plusieurs solutions s’offrent à nous : Soit nous répondons mais nous finirons au poste, soit nous ne répondons pas à cette provocation, nous avons opté pour la deuxième solution. Autre situation, sur le parking de Rosny 2 en début de soirée, la BAC encore elle, en Ford Focus plaque 75, s’arrête pour un contrôle d’identité, comme d’habitude. Et là, une petite altercation éclate entre un membre de la BAC et un ami. Tout a commencé quand l’agent de la BAC lui a déclaré : « Toi j’aime pas ta gueule » ce qui n’a pas du tout plu à tout le monde donc certaine personne réponde, il colle sont front contre le front de Malik et dit : "Fais gaffe, je vais te pourrir, me fais pas chier sinon à chaque fois que je vais passer voir ta sale gueule dans ta cité, je vais te faire chier". Je sais ce que vous allez vous dire, oui les policiers sont les méchants et vous les gentils anges. Je ne dis pas que tous les policiers sont comme cela heureusement, mais ce genre de comportement est trop présent. En fait, je pense qu'il jo ue une sorte de « rôle », pour se montrer et faire comprendre qu'ils sont présent eux aussi dans la cité.

Et je confesse que certain jeune provoque mais cette provocation est en réponse à des situations d’injustices qu’on a tous vécu au moins une fois, même si certaine de ces provocations sont inutiles. De plus, c’est extrêmement usant de les voir en se levant le matin, voir passer la police municipale, l’après-midi la police national et voir plusieurs fois dans la soirée la BAC. Personnellement, je trouve que cette omniprésence policière est un élément d'une violence symbolique très présente dans les cités. Cette violence symbolique n'est pas forcément une violence physique, c'est une violence par les faits qui entretient l'environnement des cités, comme par exemple voir des voitures brûlées sur un parking, je trouve que c'est une violence symbolique qui frappe les esprits.

Je considère qu’une des particularités des cités de région parisienne et qui les distingue des cités plus « provinciales » c’est la confrontation directes avec les inégalités. Un seul après-midi aux Champs-Elysées pour voire la différence entre nous et le reste. Ou être  dans le métro 10 pour voir que nos parents ont du mal à payer un abonnement de téléphone tandis que d’autres ont un Ipad, un Ipod Nano et un Iphone...

J’aurai énormément de choses à dire mais il ne faut pas que l’article soit trop long. J’aurai une dernière chose à dire, les jeunes de banlieues sont une chance et l’avenir de la France, au lieu de nous dénigrer, il faudrait nous accepter…

 

M-C.

 

Marnaude-copie-1.JPG

En premier plan, la cité des Ma rnaudes. En second plan la cité du centre de Bobigny.

 

Banlieue.JPG

Ces deux photos peuvent montrer un peu le genre de paysage que cache le 93 et que je décrivais en début d'article.

1Je ne prétends pas être sociologue.

2Cf la photo en fin d'article de Nicolas Oran.

3Les prénoms ont été changés.

Publié dans Sociologie

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Justine 27/11/2011 13:09

J'avais gardé ton blog quelque part sur mon pc, je viens de lire ton article et je le trouve vraiment bien et interressant. Il faudrait que beaucoup de personnes le lise aussi et que tu continue
comme ça surtout mr Mickael.

crise-de-lhumanite.over-blog.com 06/12/2011 13:23



Merci beaucoup...